conte soufi : Le disciple qui voulait être libre Version imprimable Suggérer par mail
Il était une fois un disciple qui s’approcha de son maître et lui dit : « Maitre, ce que je veux le plus au monde, et dans ce chemin, c’est arriver à être libre, à l’intérieur et à l’extérieur »
conte-soufi.gif« Très bien, dit le Maître, cette nuit, tu iras au cimetière du village et tu marcheras entre les tombes, tu t’arrêteras devant chacune d’elle et devant les personnes qui sont là, une à une, puisque tu en as connu la plupart.
Et tu diras tout ce qu’elles ont fait de mal dans leur vie ».
Le disciple fit ainsi. Il passa toute la nuit à parler aux morts. « Toi, tu étais mesquin et tu as profité de tout le monde. Et toi, comme tu mentais et quel mauvais père tu as été. Et toi, mauvaise femme, tu étais tellement égoïste que la seule chose qui te préoccupait était ton propre bien être, abandonnant ceux qui t’aimaient. »
Et comme cela, il passe toute la nuit, marchant à travers le cimetière.
Le lendemain matin, il alla chez le Maître et lui raconta qu’il avait fait selon ses indications.

« Très bien dit le Maître, cette nuit, tu vas retourner au cimetière, et tu iras de tombe en tombe faire l’éloge de tous ceux qui gisent là. Tu iras leur dire toutes les choses positives qu’ils ont faites pendant leur vie. Tu feras l’éloge des qualités qu’ils ont manifestées pendant leur existence.
Le disciple fit ainsi. Il alla un par un faisant l’éloge des bonnes choses qu’ils ont faîtes pendant leur vie.
« Toi tu étais tellement généreux, tellement ami fidèle. Et toi, comme tu étais noble et comme tu as aidé les nécessiteux. Et toi, quelle  belle âme tu avais , tous ceux qui venaient vers toi trouvaient la consolation et l’appui… ». Et comme cela, il passa toute la nuit à faire des éloges.

Le lendemain matin, il alla voir le Maître et lui dit : « Maître, j’ai déjà fait ce que tu m’as dit de faire ».
« Ah ! dit le Maître. Et comment ont réagi les morts ? »
« Les morts ? Mais, Maître, comme ils sont morts, ils n’ont pas réagi du tout ».
« Très bien, mon ami, le jour où tu pourras réagir comme les morts devant la critique et devant les éloges, ce jour et seulement ce jour, Toi, tu seras LIBRE ».

Conte soufi de Idries Schah